Une journée pas comme les autres à COGNAC
Tout commence un certain 29 Avril 2006... C’est le début de la « Foire de Niort » et par la même occasion, le début de l’exposition « des ailes et des hommes » organisée par l’armée de l’air. Par l’intermédiaire des parents d’un ami, nous récupérons, un peu par hasard c’est vrai, des questionnaires distribués sur le stand de l’armée... Ces questionnaires sont à remettre seulement quatre jours plus tard, et le premier prix n’est ni plus ni moins, qu’un vol en Epsilon...
Nous nous attelons donc à la tâche et à l’heure où certains commençaient déjà à réviser le BAC, nos nuits n’étaient pas assez longues pour pouvoir s’acharner sur ce questionnaire et à l’occasion dormir... Tant et si bien que ce fameux lundi de fermeture de foire nous nous rendons à la remise des prix avec le secret espoir d’avoir remporter l’un des prix du concours... Quelle ne fut pas notre immense joie à l’annonce des résultats... Mon ami était deuxième et j’étais... premier... je volerais donc sur un Epsilon !
Autant vous dire que plus d’une de mes nuits furent emplies de rêves avec pour point central... un Epsilon...
Et c’est ainsi que le 27 Juin suivant à l’aube, nous nous retrouvons devant notre hôtel de Cognac, avec d’autres jeunes ayant gagnés des prix similaires à travers toute la France, à attendre la navette militaire qui nous emmènera bientôt en direction de la base aérienne 709 de Cognac.
Nous sommes très bien reçu et « plan vigipirate » niveau rouge oblige, nous sommes munis de « pass », puis dirigés vers la visite médicale réglementaire... Mon ami ne volant pas, car étant présent en temps qu’accompagnateur, m’a rendu un grand service en effectuant nombres de photos qui renforceront, bien des souvenirs. Bref, après la visite médicale, qui se révéla de loin être le seul moment stressant de la journée et une fois le « certif médical » en poche, nous nous dirigeons vers les choses sérieuses... C'est-à-dire l’école de pilotage, située sur la partie ouest de la base, véritable ville miniature...
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Dans l’un des bâtiments, localisé entre les hangars et les bâtiments des cinq escadrons composant l’école de pilotage, nous sommes équipés de nos bottes, gants et combinaisons de vol. Nous procédons ensuite à des simulations d’évacuation en vol, sur un Epsilon à la retraite... et au sol... On essaye alors de reproduire les mêmes mouvements que sur la cassette vidéo visionnée un peu plus tôt... C’est plutôt acrobatique et l’attirail que nous portons ne facilite pas la chose... ça serait tellement plus simple avec un siège éjectable... Mais bon l’Epsilon est un avion rustique... N’est pas là ce qui fait son charme...
Quelques consignes de sécurité et des éléments techniques concernant l’instrumentation, sont encore dispensés par notre formateur... Puis délesté d’une partie de notre matériel (parachutes, casques, etc...), mais restant tout de même en combinaison de vol, nous rejoignons les pilotes qui nous ferons voler tout à l’heure, pour allez prendre le repas au mess des officiers... et là marchant en tenue... la magie opère... on se sent un peu l’âme d’un pilote de chasse, parmi les véritables pilotes de chasse... On mange rapidement, le temps d’échanger quelque peu avec ces pilotes. Le vol est prévu pour 13h30... |
Il est déjà 13h, retour à l’escadron des instructeurs parmi les pilotes instructeurs... Les rôles sont distribués... Ce sera un vol en patrouille serrée à deux, qui conduira ensuite à effectuer une poursuite entre les deux Epsilon, avec toutes les acrobaties que cela implique !
Le briefing dans l’un des nombreux « box » est clair et rapide...normal, nous sommes des novices. Un jeune dans chacun des Epsilon... accompagné de son pilote instructeur (encore heureux !)... Une fois la zone de mission, les évolutions en vol, les indicatifs radios, etc...désignés, les deux pilotes nous assure que c’est une mission d’entraînement tout à fait classique pour les futurs pilotes de chasse... OK d’accord...
On court s’équiper... parachute, casque, gants, balise de détresse à la ceinture, tout y est... on est prêt...On se rend en piste, l’excitation me gagne pendant que pilotes et mécanos rigolent joyeusement... Dernier préparatif : les poches qui j’espère ne serviront pas...
On grimpe, on s’harnache, pendant que le pilote et le mécano effectuent la prévol... Le mécano m’aide maintenant à finir de me sangler en place arrière et vérifie que rien ne cloche... Clin d’œil sympa de sa part... Un incroyable sentiment de satisfaction s’empare de moi... Quel bonheur d’y être... D’ailleurs ça y est, on ferme nos verrières...démarrage du moteur dans un grand soubresaut puis j’effectue quelques réglages simples et préconisés de l’instrumentation...
Nous sommes N°1 dans ce vol avec pour indicatif « Milan Corail 1 ». Notre N°2 démarre à son tour. Dernières vérifications des pilotes et des mécanos à l’extérieur... Ces derniers nous indiquent par un geste que tout est OK, puis enlèvent les cales... Nous voilà partis pour un long roulage jusqu’ au point d’arrêt de la piste 23. Mon excitation et ma joie montent de plus en plus... Les procédures radios effectuées et quelques Epsilon posés (ça n’arrête pas ici !) nous nous alignons avec notre N°2 avec une précision millimétrique...
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Les 300 chevaux de l’Epsilon vrombissent et font violemment trembler la carlingue... Signe de la tête de mon pilote... On desserre les freins et les deux avions s’élancent parallèlement, en patrouille serrée parfaite... L’accélération est monumentale et au bout de quelques centaines de mètres de pistes avalées, les 1.2 tonnes de l’Epsilon s’arrache du sol en prenant une pente de montée incroyable... Comme accrochés à l’hélice ! |
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L’autre Epsilon s’est maintenant rapproché encore un peu plus... Nous sommes véritablement ailes dans ailes... C’est vraiment impressionnant... On passe à travers la couche nuageuse et pendant quelques instants notre seul point de repère est le second Epsilon qui nous colle en ¾ arrières. Déjà on arrive dans notre zone de travail au dessus d’Angoulême... Le voyage a duré dix minutes et les choses sérieuses vont pouvoir commencer...
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Mon pilote engage plusieurs manœuvres serrées, virages dos, etc... Les « g » se font ressentir, s’est grisant...L’autre Epsilon est toujours là... Il tient la patrouille serrée en suivant exactement la même trajectoire que nous, avec une précision incroyable... Puis celui-ci s’écarte et nous effectuons une vrille coriace... On est un peu collé au siège... Puis c’est le tonneau... Je me retourne, l’autre nous a suivi dans nos manœuvres mais à une distance plus respectable cette fois... On fait une partie de cache-cache entre les cumulus... |
Les sensations sont impressionnantes... mais sont abrégées... nous nous remettons à plat car mon collègue dans l’autre Epsilon à l’air un peu brassé... Une fois son sac rempli, on repart pour un tour...Moi et mon pilote passons en N°2 comme prévu lors du briefing, car les pilotes ont décidés de nous montrer les deux côtés de la patrouille... S’en suit une boucle magistrale... ça tire fort en bas, à plus de 250 nœuds, et l’estomac est en train de dire bonjour à mon dossier de siège... Encore quelque manœuvres acrobatiques et on reprend une position plus « classique » pour descendre rapidement par un trou de la couche nuageuse. Nous sommes donc maintenant N°2 dans la patrouille et mon pilote effectue une barrique par-dessus notre leader... juste histoire de passer d’une aile à l’autre l’Epsilon N°1 d’une manière originale ! Là c’est assez violent et heureusement les harnais me maintiennent parfaitement calé dans mon siège... on profite par la même occasion d’une vue renversante mais imprenable sur l’autre avion... C’est magnifique...
Puis mon pilote se met en patrouille éloignée et à ma grande surprise et à ma grande joie me laisse les commandes... Prise en main du manche et de la poignée des gaz... C’est disons, très ergonomique et à 200 nœuds/h en traversant les ascendances des basses couches, l’Epsilon est sur des rails... Je suis les évolutions gentilles de l’autre Epsilon à environ 80 mètres devant moi à gauche...
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L’avion est hyper réactif... C’est encore une fois impressionnant... Je capte quelques phrases à la radio, en français cette fois... Angoulême ?... En effet le leader vient de contacter le contrôle d’Angoulême... Juste le temps de jeter un coup d’œil vers le sol pour ce rendre compte qu’on effectue, en fait, un passage à environ 150 mètres/sol, à 200 nœuds au dessus du terrain d’Angoulême... Et c’est moi qui ai les commandes... Incroyable ! Battements d’aile de notre N°1... Mon pilote m’explique que c’est le signal pour se mettre en formation serrée. Il me demande d’exécuter la manœuvre de rapprochement et ne reprend le manche qu’à une grosse dizaine de mètre de l’autre avion. On se rapproche encore... ¾ arrière... à environ 8 mètres me dit alors mon instructeur du jour... On arrive déjà au dessus de Cognac... C’est passé si vite... |
Break sur l’aile au dessus des installations... Prise de terrain en patrouille serrée... Et mon pilote m’explique que la communication entre les deux avions se fait à vue... En effet... Bras levé du N°1... Sortie du train... Un coup de tête en avant... Un cran de volets... En finale nous sommes légèrement en surplomb de l’autre avion... La piste se rapproche... Atterrissage, toujours en patrouille serrée, (à 90 nœuds, c’est vrai ça pique un peu les yeux), avec la précision épatante qui n’a pas quittée les deux pilotes durant tout le vol... Ça y est on reprend, malheureusement déjà, contact avec la terre... On roule... ça freine presque aussi fort que ça accélère... C’est bien !... On profite encore à fond des derniers moments dans l’Epsilon... Photos souvenirs... Et quelques questions à mon pilote pendant le roulage : 4900 heures de vol... Gage de précision et de sûreté !!!
| On s’arrête maintenant sur le parking et le retour de mon pied sur le tarmac est plus éprouvant que mon vol, car c’est maintenant qu’on se sent fatigué, un peu vide, mais tellement heureux ! ... Les mécanos et le commandant de la base nous entourent, on rigole et on se raconte déjà les moments de notre vol. Tout le monde est radieux, malgré quelques poches remplies... La mienne est sèche... |
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« Mopet » en sera témoin... On se débarrasse de nos paras dans l’un des bâtiments, puis retour au vestiaire pour se remettre en civil... dur retour à la réalité, le rêve se termine peu à peu... mais restera gravé dans les parois de mon pauvre cerveau à jamais... Nous terminons la journée par une visite anecdotique ?!? de l’escadron école N°2 « Rafiot », encadrés par des élèves de la base qui se révèlent être, tout comme le reste des personnes à qui nous avons eu affaire aujourd’hui (Pilotes, Commandants, Mécanos, etc...), extrêmement passionnés, sympathiques et à l’écoute de nos moindres questions... Même une météo incertaine, s’y était mise, avec un temps tout à fait estival.... Journée magistrale qui restera donc inoubliable... et qui fut en tout point positive...